L’indomptable Mont Washington

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C’est par le peu connu Ammonoosuc Ravine Trail (ART) que nous avons fait l’ascension du mythique Mont Washington, dans le New Hampshire. Moins fréquenté que son grand frère, le Tuckerman Ravine Trail, ce sentier est le chemin le plus direct pour atteindre le sommet du côté ouest de la montagne. Il est aussi l’un des plus ardus en raison de son fort dénivelé et des nombreux passages à travers les cours d’eau, dont l’un en particulier qui risque de ne pas pardonner si l’on perd pied.

Pour beaucoup de randonneurs, l’ascension du Mont Washington représente le défi à relever au moins une fois dans sa vie, l’accomplissement qu’on se doit de rayer sur la bucket list. C’est avec le même sentiment d’excitation et d’appréhension que nous avons entrepris cette montée incroyable.

La première heure de randonnée sur le ART ne laisse en rien présager la verticalité du sentier à venir. Bien aménagé, ce premier tronçon nous fait longer la rivière Ammonoosuc, nous demandant à l’occasion de la franchir en tentant de ne pas glisser sur les roches mouillées. Dans notre cas, ce fut mission impossible pour Mélissa qui, à peine une heure après le départ, avait déjà les deux pieds détrempés. Le 2e cours d’eau à traverser est le Gem Pool, un magnifique petit lac creusé par une chute d’eau. Si l’endroit en soi inspire le calme et la sérénité, c’est son apparition soudaine au tournant du sentier qui laisse les randonneurs bouche bée. Profitez s’en pour vous reposer un peu, puisque c’est tout de suite après que le parcours prend une tournure des plus verticale.

Gem Pool

La montée du ravin

Sur les 7,2 km qui composent le ART, la section située entre le Gem Pool et le Lakes of the Clouds Hut (à la limite des arbres) est certaine la plus escarpée. La randonnée change du tout au tout et devant nous s’étend un escalier de pierre infini. Devenu très accidenté et irrégulier, le sentier nous amène parfois à devoir escalader des parois rocheuses. Une petite échelle a même été fixée aux roches afin d’aider les randonneurs à grimper au sommet des amas de pierres.

Durant cette montée ardue, nous ne cessons de suivre et de croiser le très vertigineux ravin de la Ammonoosuc River, pour le plus grand plaisir de nos cuisses endolories et de nos yeux; les panoramas sur la vallée sont à couper le souffle! Après environ 4 km de montée, nous rencontrons un petit sentier qui mène sur notre droite. Long d’à peine quelques mètres, il nous amène à la Gorge Waterfall. Même si cela représente des pas supplémentaires, je vous recommande vivement d’y aller, car vous pourrez observer cette chute grandiose plonger dans le ravin 30 mètre plus bas. C’est aussi cette vue qui permet de réaliser à quel point le sentier que nous empruntons est à pic.

Encore sous le couvert de la forêt, nous émergeons à la limite des arbres qui ont déjà commencé à perdre de la hauteur en raison de l’altitude. Nous ne sommes plus qu’à 1 km environ du Lakes of the Clouds Hut et la plus belle section de cette montée se dévoile sous nos yeux. Plusieurs chutes d’eau tombent en cascades au travers du paysage devenu alpin.

waterfalls Mont Washington

Les pierres empilées ont cédé leur place à de longues parois de roches mouillées et très lisses, ce qui rend l’ascension plus technique. Il suffit de redoubler de prudence durant cette portion de la montée et d’abaisser son centre de gravité vers la paroi pour éviter de glisser. La portion la plus critique est sans doute lorsqu’une fois de plus, il faut traverser la rivière pour poursuivre notre randonnée, et ce, à quelques mètre d’une chute dont le puissant courant dégringole vers le vide. Ce passage a beau comporter plus de risques, il n’en demeure pas moins mon préféré. C’est incroyable la sensation de liberté et d’accomplissement qui m’a emplit à ce moment précis.

Nous atteignons ensuite le refuge où beaucoup de randonneurs sont réunis pour l’heure du lunch. L’énergie de la place est très cool et nous permet de reprendre des forces pour le dernier tronçon avant d’atteindre le sommet.

Déception au sommet

Pour rejoindre le sommet du Mont Washington, il faut quitter le ART et emprunter le Crawford Path sur environ 2 km. À partir de là, on ne fait que sauter d’une roche à l’autre, ce qui endolori rapidement les pieds. Si vous avez trop mal, il suffit de regarder derrière vous pour tout oublier. Les panoramas sont magnifiques et on se rend compte à quel point nous sommes haut; même le toit rouge vif du Mount Washington Resort est difficile à distinguer à une telle altitude.

L’atteinte du sommet, lequel culmine à 1 916 mètres, a été la portion la plus décevante pour moi. Puisque l’ascension du  Mont Washington peut aussi être réalisée en auto (le fameux sticker «This car climbed Mt Washington ») et en train, une foule de personne étaient entassées à notre arrivée en haut. À un tel point qu’il aurait fallu atteindre beaucoup trop longtemps pour prendre une photo avec la pancarte indiquant l’emplacement du sommet. Disons que ça a un peu enlevé la magie d’avoir réussi à gravir à pied la plus haute montagne du Nord-Est des États-Unis. Malgré tout, nous étions plus que satisfaits d’avoir braver cette montagne légendaire!

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Pour éviter de revenir sur nos pas, nous avons complété notre parcours en empruntant le Jewell Trail, un sentier plus long que le ART, mais beaucoup plus facile. Il permet même d’enjamber le chemin de fer du train à vapeur et longe un précipice très impressionnant.

À la fin de cette boucle, mes compagnons de randonnées étions plus qu’exténués, nos pieds étaient en feu et nous avions tous des écorchures ici et là, gracieuseté d’un détour après s’être trompés de chemin. Malgré cela, c’est certainement l’une des plus belles randonnées que j’ai faite de ma vie. Loin d’être overrated, le Mont Washington est certainement une ascension que je vous souhaite de pouvoir rayer de votre bucket list à votre tour.

Météo capricieuse

Point culminant des Montagnes Blanches, le Mont Washington a hérité du titre de pires conditions météorologiques en Amérique. Les plus violents vents de l’hémisphère nord – 370 km/h – y ont été enregistrés en 1934 et les tempêtes peuvent s’y déclencher en un rien de temps.

La météo est donc un facteur à prendre en considération lors de votre randonnée et surtout, à ne pas sous-estimer. Dans notre cas, nous avons du reporter au lendemain notre randonnée car lors de la journée prévue, beaucoup de brume entourant la montagne et un risque d’orage était en vigueur, à un tel point que les Rangers nous ont vivement déconseillé de monter. Le lendemain, malgré le soleil qui brillait dans le ciel bleu, nous avons traversé un épisode de brume si intense que nous commencions à songer à rebrousser chemin. Heureusement, le couvert nuageux a fini par se disperser.

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Bon à savoir

Longueur du trajet: boucle de 16 km

Durée du trajet: 9h30

État: New Hampshire, à 3h de route de Montréal.

Stationnement: au Ammonoosuc Ravine Trailhead, un frais de 3$ US est exigé. Il suffit de suivre la route 302 jusqu’à la Base Station Road, dans le secteur de Crawford Notch. Si vous êtes perdus, demandez le chemin qui mène au Cog Railway, le train qui permet aux touristes d’accéder au sommet du Mont Washington.

Parcours: Montée par le Ammonoosuc Ravine Trail jusqu’au Lakes of the Clouds Hut, suivie du Crawford Path jusqu’au sommet. Retour par le Jewell Trail.

Remerciement spécial à Jonathan Bergeron pour sa suggestion de trajet.

Suivre Jennifer Blanchette:

Ex-journaliste toujours en quête de nouveaux récits, passionnée de plein air et aventurière dans l'âme. ---> « Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c' est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » - Nicolas Bouvier

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