Randonnée au mont Toubkal, à la conquête du plus haut sommet d’Afrique du Nord

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Panorama spectaculaire sur le sentier du mont Toubkal

Pour les amoureux de plein air et de randonnées, le mont Toubkal est un incontournable au Maroc. Alors que je m’apprêtais à m’envoler vers ce pays de dunes, de chaînes de montagnes et de bord de mer, j’avais déjà en tête de réaliser ma plus imposante ascension à ce jour. J’allais gravir le plus haut sommet d’Afrique du Nord, le mont Toubkal, qui culmine à 4 167 mètres d’altitude. Récit d’une aventure qui m’a contrainte à deux jours de repos afin que mes jambes puissent s’en remettre.

Gravir plus de 2 300 mètres en deux jours sur le mont Toubkal

Considérant la superficie du parc national de Toubkal, les possibilités de randonnées sont nombreuses, tout comme le nombre de sommets qui peuvent être gravis. Compte tenu le temps dont je disposais, j’ai opté pour le sentier le plus commun, soit celui qui mène au sommet du mont Toubkal. Quoique très touristique, l’ascension ne s’est tout de même pas déroulée en file indienne. La neige, encore présente au mois de mars, et la température assez fraîche font de cette période un moment propice pour gravir ce mastodonte. C’est aussi l’occasion d’éviter les foules nombreuses qui se pointent en croissance à partir du mois de mai.

J’ai donc opté pour la version express de cette ascension, soit en deux jours. Une première journée pour me rendre de Marrakech au village de départ, Imlil, puis faire l’ascension jusqu’au Refuge les Mouflons. Une deuxième journée pour franchir le sommet, puis redescendre complètement jusqu’à Imlil, pour finalement revenir à Marrakech. Un petit sprint qui peut très bien s’étirer sur plusieurs jours si le temps n’est pas un facteur.

D’Imlil au marabout Sidi Chamharouch, un rocher aux vertus multiples

Arrivée à Imlil, comme je n’ai pas réservé de guide, je repère d’autres touristes dans le but de me joindre à leur groupe pour diviser les coûts. Depuis la tragédie survenue en novembre 2018 avec deux jeunes touristes, les autorités ont resseré les mesures de sécurité. Ainsi, il faut désormais obligatoirement un guide pour réaliser cette randonnée. Un poste de gendarmerie a par ailleurs été érigé à l’entrée du sentier afin de contrôler tous ceux qui y circulent. Je me retrouve donc avec un couple d’Allemands qui a gentiment accepté que je me joigne à lui dans cettte aventure.

C’est accompagnés de Mohammed, notre guide local, que nous partons à la découverte de cette montagne mythique du Maroc. Il faut d’abord louer l’équipement encore nécessaire à cette période de l’année : des crampons et des bâtons de marche. J’apprends aussi que nous aurons une mule pour transporter nos effets personnels. Quel service de luxe! Une fois ces formalités réglées, nous marchons d’un pas enthousiaste vers l’entrée du Parc national de Toubkal.

Vue sur l’un des villages au cœur des montagnes du Haut-Atlas

La randonnée s’entame en douceur, mais tout de même en altitude puisqu’Imlil se situe à environ 1 700 mètres dans les montagnes du Haut-Atlas. La VRAIE ascension débute après avoir passé le poste de contrôle. Nous nous retrouvons alors sur un sentier plutôt bien balisé où nous croisons quelques autres randonneurs, des gens qui travaillent dans le secteur et beaucoup de mules et d’ânes. À ce stade-ci, le guide n’est pas tellement nécessaire. Comme la piste est bien tracée, il suffit de suivre les excréments des bêtes en cas de doute sur la direction à emprunter.

Les deux-trois premières heures sont plutôt faciles. Le dénivelé et les inconforts liés au gain en altitude ne se font pas trop ressentir. Notre premier arrêt se fait d’ailleurs à un petit kiosque où l’on sert le thé et l’on vend des boissons conservées au frais directement sous l’eau qui coule de la montagne. Une fois le sugar rush de la boisson nationale embarqué, nous reprenons notre route.

Quelques kilomètres nous séparent encore du marabout Sidi Chamharouch. Cette grosse pierre peinte en blanc auprès de laquelle certaines femmes viennent soigner leur infertilité ou trouver l’amour, et d’autres, guérir leurs rhumatismes. Nous nous y arrêtons plutôt pour nous régaler d’un festin. Salade de légumes croquants, poisson frais, pain moelleux et tajine de keftas nous sont servis sur place. Lunch with a view, c’est le cas de le dire! Nous mangeons comme des rois; de quoi être bien lourds pour franchir les derniers kilomètres conduisant jusqu’au refuge.

Notre lunch, délicieux et copieux, servi à 2 300 mètres d’altitude

Un dernier effort jusqu’au Refuge les Mouflons

Nous avons bien mangé, trop même. Avec les rayons de soleil qui nous abreuvent de leur chaleur, difficile de reprendre la route. Le rythme soutenu du début de la journée a quelque peu diminué. Il faut dire aussi que nous avons franchi 2 300 mètres d’altitude sur le mont Toubkal. Les malaises liés à la diminution du niveau d’oxygène dans l’air nous affectent un peu. Sans nous empêcher de bien progresser, il faut prendre des pauses plus fréquemment afin que notre corps s’adapte. Le sentier est aussi plus escarpé et exigu à partir de ce point, sans devenir très technique. Cette randonnée demeure accessible à quiquoncque est un peu en forme physiquement. La pente s’accentue toutefois suffisamment pour que notre rythme cardiaque fasse de même.

Les mules transportant les vivres vers les refuges du parc national de Toubkal

Nous marchons ainsi tout l’après-midi, nous arrêtant ça et là pour reprendre un peu notre souffle. La journée tire à sa fin lorsque nous apercevons enfin le refuge au loin, bien câlé au creux des différents massifs du parc. Pris d’un regain d’énergie à l’idée d’atteindre notre lieu de repos pour la soirée, nous pressons le pas. Le soleil se décline derrière les montagnes lorsque nous atteignons finalement le Refuge les Mouflons. Nous prenons quelques clichés avant de nous engouffrer à l’intérieur. Un feu crépite dans la truie qui chauffe la salle commune où un thé bien fumant nous attend.

Heureuse d’avoir atteint le Refuge les Mouflons, niché au cœur du parc national de Toubkal

La soirée se poursuit autour d’un grand tajine et d’échanges avec les autres randonneurs et skieurs sur place. Car oui, des excursions en ski hors piste sont également proposées dans ce gigantesque parc qui mérite certainement une exploration plus approfondie. Rassasiés et épuisés, nous gagnons notre couchette assez tôt dans le grand dortoir. Il faut dire que la nuit sera courte à 3 200 mètres d’altitude sur le mont Toubkal.

Admirer le lever du soleil depuis le plus haut sommet d’Afrique du Nord

Levés aux aurores après une nuit plus ou moins reposante dans le grand dortoir froid du refuge, nous mangeons notre petit-déjeuner en silence. Il est environ 5 heures du matin lorsque nous enfilons tous les vêtements dont nous disposons avant d’attaquer les 3,5 km nous séparant du sommet du mont Toubkal. Il fait toujours nuit et la température se situe sous zéro. Les crampons seront d’ailleurs nécessaires, puisque glace et neige recouvrent toujours la dernière portion à franchir.

Notre objectif? Gagner le sommet à temps pour y admirer le lever du soleil. Notre petite cohorte est la troisième à quitter le refuge. Bien que les premiers pas soient difficiles, nous dépassons rapidement les groupes devant nous. Comme je n’ai pas l’habitude de marcher avec des crampons, mes pieds s’empêtrent ensemble. Je manque de tomber à quelques reprises. Je dois constamment me rappeler d’avancer en écartant légèrement les jambes pour éviter que mes pieds ne s’emmêlent.

L’air froid, la noirceur, le souffle court et les pas pesants me font songer à plusieurs reprises que je n’y arriverai pas. Alors que je menais la troupe avec aisance la veille, je me retrouve derrière avec un écart. La parois est glissante et très étroite par endroit. Un seul faux pas pourrait me faire dégringoler de plusieurs mètres. Comme la neige fond au soleil durant la journée, c’est une couche glacée qui nous est offerte à cette heure plus que matinale.

Nous mettons deux heures à atteindre la dernière portion de la randonnée. Cette parcelle dégagée nous permet enfin de nous délester de nos crampons. Quel soulagement! Alors que mon cœur palpitait à vive allure depuis le début de l’ascension, je sens enfin un nouveau souffle me gagner. Plus qu’une trentaine de minutes avant d’atteindre le sommet du mont Toubkal que nous ne pouvons cependant toujours pas apercevoir.

La lumière du soleil commence doucement à apparaître, créant un jeu de couleurs spectaculaire sur les montagnes. Une sensation grisante m’envahit; je ne peux pas croire ce que je vis, ce que je vois. Cette nature si majestueuse qui s’offre à moi me fait sentir infiniment petite et reconnaissante. Gagnés par la volonté de voir le soleil monter encore depuis le sommet, nous accélérons le pas. Les couleurs se déploient encore plus devant nous lorsque nous rejoignons finalement l’enseigne en bois qui marque le point culminant du mont Toubkal.

Victorieuse au sommet du mont Toubkal

Le retour : du sommet du mont Toubkal à Imlil

Victorieux, nous prenons rapidement des photos de notre petite troupe. C’est que le vent souffle et le soleil ne parvient pas encore à faire grimper la température à 4 137 mètres d’altitude. La contemplation sera donc de courte durée. Nous redescendons rapidement vers le refuge. Les crampons, que je n’ai toujours pas réussi à maîtriser, me donnent du fil à retordre. L’un sort constamment de ma botte, alors que l’autre se casse complètement. Mohammed me remet alors un des siens et poursuit la randonnée avec un seul crampon. Il s’obstine également à me donner un bâton de marche et sa main lors des passages plus abruptes. Alors que je me sentais agile comme une chèvre des montagnes la veille, j’ai maintenant la sensation d’en être à ma toute première randonnée en montagne. Vivement que je me débarrasse de ces crampons!

Des centaines d’oiseaux prennent leur envol en même temps

Nous arrivons assez rapidement au refuge où nous prenons thé et casse-croûte avant d’entamer la descente finale. Ce que nous avons mis deux jours à franchir, nous le redescendons en une seule journée. La mule chargée, nous reprenons le même sentier que la veille. Pas de boucle possible pour cette randonnée express. Alors que nous avançons à un bon rythme, je constate mieux le dénivelé du sentier. Nos cuisses seront assurément endolories dans les jours qui suivront. Sur le chemin, nous croisons plusieurs groupes. Des jeunes comme des moins jeunes, touristes et Marocains. Nous faisons un arrêt au même petit restaurant que la veille pour le lunch. La dernière portion de notre randonnée au mont Toubkal s’avère difficile. La fatigue se fait ressentir, de même que les douleurs musculaires. C’est près d’une vingtaine de kilomètres que nous aurons parcouru aujourd’hui entre l’ascension finale et le retour jusqu’à Imlil.

Toujours souriant malgré l’effort

De retour au village, nous nous asseyons dans un petit café pour y boire un dernier thé tous ensemble. Fatigués, mais heureux de notre excursion, nous discutons des paysages époustouflants et de notre amour respectif pour la nature sauvage. Comme je n’ai pas prévu de transport pour le retour et que celui de mes compatriotes est complet, je décide de retourner à Marrakech avec l’autobus local. À la course, je m’enfuis sans avoir le temps d’échanger mes coordonnées puisque le bus passe au même moment. J’envoie la main à mes comparses de randonnée depuis la fenêtre. Plus que fière et comblée d’avoir gravi le plus haut sommet d’Afrique du Nord, le mont Toubkal, je rêvasse à mes prochaines aventures sur le chemin du retour.

Et vous, quelle sera votre prochaine destination pour une randonnée? Si vous ne pouvez pas déjà vous envoler vers le Maroc, profitez un peu des montagnes du Québec comme le mont Nicol-Albert, ce géant de la Gaspésie.

Bon à savoir

Longueur du trajet : 32 km aller-retour
Durée : 2 jours (5-6 heures jour 1/7-8 heures jour 2)
Dénivelé :
4 167 mètres
Niveau : Intermédiaire/Difficile
Pays : Maroc
Coût : 700 DH, soit un peu moins de 100 $CAN, ce qui inclut le guide, quatre repas et la nuitée au refuge

Suivre Mélissa Archambault:

À la fois amoureuse de Montréal et de la nature, Mélissa profite de ses temps libres l’hiver pour aller dévaler les pistes en planche à neige. L’été, elle empoigne son vélo toujours à la recherche des plus belles routes à parcourir. De temps en temps, elle essaie de se tenir sur une vague lors d’un voyage ou de maintenir quelques postures de yoga en aspirant à plus de zénitude. Curieuse depuis toujours,elle se plaît à découvrir les meilleurs restaurants et bars des endroits où elle pose les pieds. Pour Mélissa, la culture locale n’a pas son égal et les nouveautés sont toujours à essayer. C’est sans prétention, avec humour et bonheur qu’elle vous partage ses découvertes, ses meilleurs coups (et probablement aussi les pires). Loin d’être une professionnelle en snow, vélo, surf ou une globe-trotter aguerrie, elle aspire simplement à vous partager ses passions pour la vie.

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